A mi-chemin de mes recherches, j'ai éprouvé
le désir d'une oeuvre qui contiendrait les multiples
empreintes déjà découvertes et révélerait
un nouveau fantasme.
Une pièce unique. Envie de mettre en lumière
la mobilité, le mouvement.
S'est imposée spontanément l'idée de
l'entonnoir. Idée non gratuite, appartenant au décor
initial de l'enfance.
Mon grand père viticulteur, ses gestes précis
accomplissant la mystérieuse alchimie de la préparation
du vin et ces entonnoirs géants qui m'attiraient
et m'effrayaient, à la fois.
Entonnoir, seul élément de remplissage.
Le vin, vidé par seaux, dans l'entonnoir disparaît
vers sa dernière étape avant la consommation.
Arrivé dans le tonneau, il a déjà accompli
l'essentiel de sa métamorphose. Là, il ne
lui reste qu'à vieillir, se reposer.
Idée saugrenue d'u n entonnoir qui ne sert pas à
transvaser. je me place à la base de l'entonnoir,
la base large et stable, et progressivement, je monte vers
le haut. Mais, à l'envers de son usage initial, l'entonnoir
ne me parle pas, ne me dit rien.
Considérer alors son côté ascendant.

Théorie érotique
du clocher de Collioure
Acrylique, pastel, crayon et sun-paint sur papier
cadre entonnoir métallique
Bouillonnement d'idées pré-sélectionnées
dans un territoire déterminé d'où,
dans un tourbillon, va émerger une idée claire
qui sera exactement celle que je désire.
Se situer au dessous de l'entonnoir, au premier quart. Entonnoir
posé à Î'envers.
Peu importe le sens. Il n'y a pas de sens. Quoi qu'il y
passe, vers le bas ou vers le haut, le résultat est
le même.
L'important, c'est le passage.
Généralement, je représente toujours
l'entonnoir posé à plat, la partie la plus
fine dirigée vers le haut car forme familière,
habitude de voir les entonnoirs posés ainsi, dans
la ferme de mon grand père.
  
De l'érotisme au sacré
cadre métallique avec portes
Photographie, ampoule électrique
(filament-croix), acrylique et sun-paint
Entonnoir. Seul objet qui ne contient, virtuellement, jamais
rien. Ni contenant. Ni contenu.
Symbole parfait de l'espace zéro. Lieu de passage.
Intermédiaire.
Neutre comme l'empreinte. A la fois, en creux et en relief,
contenant et contenu, et, en même temps, aucun des
deux. D'autres objets présentent cette même
venu. La passoire, par exemple.
Mais l'entonnoir bénéficie de ce lien étroit
qui me rattache à l'enfance. Ne pas associer l'entonnoir
retourné à l'idée de folie, ni à
quelque chose de malsain.
Ne pas céder à la tentation première
d'une quelconque association mentale.
Ne pas considérer la surface mais l'intérieur.
Ne pas le voir comme un objet, mais comme un lieu. L'empreinte
naît du passage.
Il y a forcément empreinte car il y a forcément
quelque chose qui traverse l'entonnoir et laisse sa trace
visible ou invisible, perceptible ou imperceptible, sur
les parois intérieures.
Mais l'objet ou le liquide ou toute chose qui passe au travers
de l'entonnoir est d'une matière moins consistante,
plus molle que le support.
Empreinte à l'envers.

X + Y
Cadre métallique, entonnoir,
acrylique, crayon, phosphore et sun-paint
sur papier et toile
Le liquide entre sous une forme et ressort sous une autre
forme. Modification de la forme lors du passage.
L'intérieur de l'entonnoir s'imprègne du liquide
qui passe.
Empreinte progressive.
Double aller/retour de mémoire.
Lecture adaptée. Au départ, idée de
petits entonnoirs.
Puis, j'ai reproduis ma vision d'enfant. Les gros entonnoirs
qu'utilisait mon grand-père paraissaient démesurés
à l'enfant que j'étais. Au final, des entonnoirs
disproportionnés.
L'entonnoir est régi par le chiffre trois.
Trois éléments : le corps, le bec, l'anse.
Trois images.
Entonnoirs sous des éclairages différents,
représentatifs d'une période, consécutifs
les uns aux autres.
Formes en apparence simples mais, en réalité,
fort complexes. Un peu, à l'instar des meules de
foin peintes par Monet. A différents moments, différents
angles montrent différentes empreintes.
Double symbole.
|