PAPILLONS DE COLLIOURE
Union de l'écriture et de la peinture; ANNA FERRIÈRE
&
MARC-ANDRÉ
2 FIGUERES donnent naissance à un livre-objet d'art.
Et si les mots n'étaient qu'un dessin et la toile une page
vierge qui se dévoie sous les doigts audacieux de l'homme
? Un amour qui ne se livre qu'au creux des lignes d'encre, dans
ce que l'œil y voit.
Papillon ; fulgurance de couleurs entre deux battements
d'ailes. Voiles découvrant un corps juste le temps d'un
clin d'œil. Femme qui se donne et s'envole.
A lui seul il est peinture vibrante comme la lumière du
soleil sur la toile.
Equilibre fragile où se reflète l'éphémère
d'une vie humaine.
Papillon : on pourrait le croire tout fait d'esprit, mais ce
serait une erreur, celle d'un regard qui passe trop vite sur la
toile et oublie le support tendre de sa chair. Sans chair, sans
mère qui porte, il n'y aurait qu'un simulacre de vie, et
l'on s'y brûlerait les ailes.
Icare tombe, foudroyé dans son aspiration d'atteindre
le soleil, la lumière pure. Mais il oublie la cire tendre
de ses ailes, la laisse fondre, petite flaque pleurant l'orgueil
de celui qui a bafoué ses origines. Le papillon, lui, n'a
pas oublié, et son corps tout simple dit l'essentiel de
l'alliance avec l'esprit.
Un corps sans esprit, et l'on s'endort d'ennui. Un esprit sans
corps et vient la mort.
Mère-homme-art-beauté-esprit-Dieu. Mais surtout
les traits d'union entre chacun, la main de l'artiste, entre l'œil
et la toile et son geste accomplit le miracle.
Le regard suit les fantaisies du papillon, comme celui du lecteur
revient en arrière, bondit en avant, ralentit, s'arrête.
Le livre est posé dans les mains, avec sa couverture fraîche
où les ailes déployées s'offrent à
l'amour. Soyez bons, ne le décevez pas !
Lumière révélée d'un battement d'ailes
ou de cils et la couleur naît. La toile vit sous le soleil,
suit son cours. Existence brève comme celle d'un papillon
et cependant sans cesse renouvelée. Rencontre amoureuse
où l'éphémère ne se laisse jamais
attraper mais où il se donne pourtant.