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Texte de Marc-André
2 Figueres
Je sentais que j'allais découvrir
quelque chose mais je ne savais pas quoi.
En trois jours, j'ai créé l'icône. Elle s'est
co-établie dans mon esprit en même temps que l'oeuvre,
que je venais d'achever, périclitait.
Mystère de la création, processus étrange,
magique, qui m'échappe totalement, instants irréels
que je n'ai jamais su maîtriser.
A chaque fois, l'oeuvre nouvelle aboutit dans la semaine où
la précédente agonise.
Travail inconscient, intérieur, complexe, hasard ou nécessité,
urgence..!
Au départ, désir d'une tête en boite, introvertie.
Une tête en tranche, comme
un scanner.
Rendre visible non seulement l'invisible mais l'inconscient.
Tête, lieu où se canalisent toutes les informations,
où se concentrent les empreintes les plus profondes. Le corps,
plus mécanique, ne portant que des marques physiques ou des
stigmates, a moins de choses à dire.
Tête, réceptacle d'empreintes
physiques et invisibles, empreintes
de vie, plus loquace, plus expressive pour qui sait la lire.
Ne pas peindre le portrait sur un tableau à plat. Surface
trop étroite, trop restrictive.
Aller au delà de la technique classique du portrait, au delà
de cette notion d'intemporalité chère à Mac
Avoy. Prendre le contre-pied.
Montrer tous les instants pour un
et non un instant pour tous.
Penser comme un sculpteur qui se découvrirait peintre.
Tête,
volume qui contient un trop plein d'idées, de désirs,
d'envies, d'angoisses, de joie et de douleur, de haine, d'amertume,
d'amour,...
Idée d'une boite avec des zones de plein et de vide, d'ombre
et de lumière. Une vitre en première surface sur un
fond sombre. Entre les deux, toute une vie, un univers. Sur la première
vitre, un oeil peint. Sur le fond, le même oeil peint. Au
milieu, un ressort, trait d'union, vecteur de liaison, indique le
sens de la lecture.
Dévoyer l'objet premier d'une boite.
Boite qui renferme, cache, scelle et dont je me sers pour révéler,
dévoiler, montrer.
Utiliser les contraintes. La boite, non plus conçue comme
un encadrement mais comme un contenant. Boite crânienne. Scanner
pictural du cerveau.
Problème : comment parler
de l'individu et dessiner un portrait qui soit universel ? Comment
brosser non pas un visage particulier mais tous les visages, une
image où tout le monde pourrait se reconnaître, à
laquelle n'importe qui s'identifierait aisément ?
Portrait unique, multiplicité du mythe commun, vraie image.
Découverte de l'icône, du côté mystérieux,
mystique de l'homme.
Icône : artistiquement, tableau
réalisé pour des représentations bibliques
dans les Eglises. Linguistiquement, terme abstrait qui n'a pas de
réalité physique mais une réalité intellectuelle.
Une icône ne représente
jamais quelqu'un.
C'est une figure et non
un portrait, même si existent des éléments distinctifs.
Schématisation et codification des visages afin que la figure
représentée soit immédiatement reconnaissable.
Considérer l'icône comme la représentation d'une
idée, la traduction plastique d'une abstraction.
Nécessité de petits
formats. L'icône est, par tradition,
toujours petite car une figuration mystique, symbolique, et par
conséquent, précieuse et rare, ne peut être
volumineuse.
Conception de visage-empreinte, née de l'alliance de deux
types de matériau : le bois
(ou le plomb) et le verre, l'un servant de support à l'ombre,
l'autre à la lumière.
Séparés et reliés l'un à l'autre par
un système de pointes enchâssées dans le socle
en bois et fixées aux quatre coins de la paroi de verre,
créant ainsi un espace de 2,5 cm.
Sur le support bois, un dessin est esquissé, portrait sommaire,
et complété par l'ombre portée depuis le support
verre où des contours supplémentaires ont été
tracés à la peinture blanche, à cet effet.
Réalisation de deux séries
: série de portraits par un ou par quatre, deux séries
(bois et bois plus plomb) de sept icônes d'un format de 21x16.
Intervention de la lumière, qui projette sur le bois, l'ombre
de l'image dessinée sur le verre.
Verre. Territoire empreint.
Bois, plomb. Emprunt de territoire.
Ombre. Empreinte-fantôme.
Empreinte immatérielle.
Empreinte lumière.
Empreinte mobile qui se transforme et suit l'évolution de
la lumière.
Renforcer le coté spirituel, sortir du cadre pour conserver
la même image.
Image extravertie,
au delà de la façade.
Image introvertie,
projection de cette même image.
Plus vraiment de surface délimitée, de regard uniforme.
Multiplicité d'épaisseur.
Liberté de mouvement, translation dans tous les sens. Aller-retour
au point zéro.
Envie d'approfondir la recherche vers toujours plus d'abstraction.
Plus de têtes, seulement quelques traits, un contour, un masque.
Envie, toujours retardée, remise à plus tard, à
ce jour encore, non satisfaite.
Cette envie de travailler
sur une icône abstraite a donné naissance aux bocaux.
Modèles en série ou modèles uniques. Remplis
d'eau stérilisée pour la conservation et fermés
hermétiquement. A l'intérieur, mobile dans le liquide
ambiant, un support où sont inscrites les informations communes
du masque : yeux, nez, bouche.
Même principe de fonctionnement avec le jeu d'ombre et de
lumière. A la variation de l'icône que, sous l'effet
de lumière, permet la translation de l'image par rapport
à l'ombre portée, s'ajoute un mouvement de translation-rotation
qui donne chaque fois, une image différente.
Mais, naît comme un certain sentiment de malaise devant cette
tête immergée dans du formol, tête mobile, vivante
qui communique avec l'extérieur par trois bouts de fer collés
sur le couvercle. Au bout du fer, se balancent le double de l'oeil
et celui du nez, abstractisés. Communication fausse, illusion
d'un lien avec l'extérieur, d'une tentative d'appréhension,
de compréhension.
Des séries de sept bocaux symboliques : sept couleurs, sept
jours de la semaine, sept planètes, sept états de
la matière, sept degrés de la conscience, sept étapes
de l'évolution, sept vies.
A ce stade, je me suis heurté à la difficulté
d'une traduction plastique de l'abstraction, à l'impossibilité
de concrétiser un concept, de dépasser les mots pour
créer les choses.
Théoriquement, j'ai construit
un mythe, celui de l'absence. Une
équation unique, à résoudre, à redessiner,
sans inconnues véritables car trop d'inconnues particulières.
Traduire l'absence, capturer les fantômes.

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