La couleur c’est la misère de la peinture

Couverture la couleur c'est la misère de la peinture

On ne se méfie jamais assez de la facilité dès qu’il s’agit de penser et de concevoir. Ce qui apparaît comme donné, comme évident, mérite toujours d’être questionné. Le plus souvent, les choses les plus immédiatement perceptibles sont des leurres, des paravents que l’on peut choisir ou non, d’écarter.

Il arrive aussi que les circonstances, un accident, révèlent les limites de la perception et nous obligent à traverser les apparences.

Quand on regarde le Carré blanc sur fond blanc de Malevitch ou encore une oeuvre de Soulages, une absence saute aux yeux : la couleur. Pour autant l’oeuvre ne disparaît pas, ne s’abolit pas. Vous pouvez même constater que vous aviez déjà accepté son absence dans la sculpture de pierre ou de bronze, ou dans les photos en noir et blanc.

Que vous la souhaitiez et l’accompagniez quand le jour tombe ou qu’il se lève, dans cette zone bleue que le génie populaire a si bien nommée « entre chien et loup ». Cela veut-il dire que nous n’en avons pas besoin pour représenter le réel factuel et celui des rêves ? Et si c’est le cas, alors, qu’advient-il de la peinture ? La couleur, semble-t-il, serait là pour réjouir la rétine et la distraire de l’essentiel. Et dans ce cas, au fond de la poupée russe, l’essentiel, ce qui ne peut être ôté sans ôter la vue elle-même, c’est la lumière et seulement la lumière. La couleur serait donc au mieux secondaire. Au pire, destinée à égarer tous ceux que la facilité rassure, ou qui se contentent de ce qui leur paraît visible. Bien sûr, au passage c’est un vrai dogme qui s’écroule. Une éventualité subversive le remplace : la couleur, ce serait donc la misère de la peinture ? !

 

Illustrations couleur, misère de la peinture