Empreinte translative

 

Empreinte translative Empreinte translative


Texte de Marc-André 2 Figuères

J’avais déjà exploré un certain nombre d’empreintes inconnues. L’entonnoir représentait l’œuvre la plus achevée que j’avais jamais réalisée sur le sujet, mélant tout ce que j’avais appris, depuis le commencement de ma recherche sur les Empreintes.
Je ne savais trop quelle direction j’allais emprunter quand le hasard est intervenu, prenant les traits d’une rencontre, d’un produit : le SUN PAINT. Rencontre bénie qui m’a permis d’évacuer un vieux refoulement et de reprendre, pour l’achever, enfin, un vieux travail laissé en suspens, faute de moyens.
Travail qui portait sur les silhouettes. Prise d’empreintes de corps, peintes, à l’intérieur, en blanc ou en bleu. Couleurs incroyables, mystérieuses, que je n’expliquais pas et qui s’étaient imposées sans que je puisse savoir vraiment pourquoi.
Il m’est apparu, alors, plus important, plus urgent de régler mes vieux problèmes que de continuer dans la voie que je m’étais tracé. Un répit nécessaire et qui m’entrouvrit des horizons insoupçonnés.

Rencontre fortuite, et par là-même miraculeuse, avec un produit réagissant à la lumière du soleil, dont l’alchimie mystérieuse permet de créer une simulation, une reconstitution de ce qui a été localisé sur une surface de papier déterminée où un modèle, un jour, a, effectivement, été placé.
Sun Paint.
Nouveau procédé de peinture photosensible.
Réaction progressive, translative et réversible aux rayons ultra-violets.
Enregistre les empreintes solaires.
Pigment de couleur neutre, invisible à l’application, en cela comparable à un vernis, se colore en bleu, de manière progressive, sous l’action des rayons du soleil. Cette couleur bleue, qui apparait, en quelques secondes, varie constamment en fonction de l’intensité des rayons du soleil.
Inversement de l’effet. Dès que l’exposition aux rayons du soleil cesse, la couleur bleue disparait progressivement pour faire place à la teinte neutre initiale.
L’encre Sun Paint se présente sous forme semi-pateuse, transparente et bleutée. Directement utilisable, sans dilution préalable, mais sa viscosité peut être modifiée à volonté en utilisant un diluant. Applicable par sérigraphie, au pistolet, au pinceau, sur de nombreux supports tels que les cartonnages, les textiles et les matières plastiques.
Sun Paint. Moyen de conserver la conquête de l’oeuvre.
Ne pas être en permanence confronté à l’oeuvre mais engager une action volontaire pour la voir. Seuls quelques éléments visibles induisent l’intérêt de découvrir ce qui est invisible, ce qui se dissimule au regard.
Avec l’action du soleil, l’oeuvre apparaît et ainsi, pour instant égal au passage du rayon du soleil, la figuration s’anime avant de replonger dans l’invisible.
Envie de développer ce procédé et de l’appliquer aux silhouettes.
Envie également de l’appliquer aux entonnoirs. Le moyen aussi d’utiliser une histoire, racontée par Pline l’Ancien, que je tenais en réserve depuis fort longtemps, ne sachant comment l’exploiter.  » La fille du potier de Butadès de Sicyone entoura, d’une ligne l’ombre du visage de son fiancé, en instance de départ, ombre projetée sur le mur par la lumière d’une bougie.  »
De cette vieille histoire, est né, en moi, le désir de capturer l’ombre du fiancé parti, de représenter, plastiquement, cette absence, en vérité présente, mais uniquement visible pour la fille du potier.

Empreinte translative, silhouette  Empreinte translative, silhouette  Empreinte translative, silhouette  Empreinte translative, silhouette

Les Silhouettes

Silhouette : dessin de profil d’une personne, dont le bord seul se détache du fond.
Impression de dynamisme, d’énergie qui se dégage.
Résultat d’un combat. Choc, affrontement de deux forces contraires.
Contrastes des silhouettes.
Contrastes des couleurs. Silhouette blanche et pourtour peint de couleurs vives : rouges, verts, bleus.
Blanc : symbole de l’absence de couleur, de la virginité.
Affrontement en apparence inégal mais l’être humain est replié sur lui-même, crispé dans son effort pour lutter contre le milieu dans lequel il vit et qui le presse de toutes parts, l’oppresse.
Eternel combat de l’Artiste contre le monde. Conquérir l’humanité.
Force intérieure suscitée par la propre force de son adversaire.
Silhouettes, ni vainqueur, ni vaincu.
Emergence d’une nouvelle entité, impalpable, invisible, résultante d’une opposition : celle de la virginité, d’une puissance potentielle contre ce qui est établi.
Giclées de gouttelettes dorées. Minuscules salves de soleil dont nous tirons la vie, qui illuminent et subliment la silhouette. Envolée aussi instinctive que la vie qui naît ici de l’unification : moule de couleur avec un contenant.
Signe de la troisième dimension de ce combat. Eclairant, en même temps, le tableau et son interprétation.
Silhouette modelée selon les contours d’un nu. Nécessité d’une adaptation à chacune de ses particularités. C’est pourquoi elle se replie sur elle-même pour puiser le maximum de vigueur, vigueur qui lui permettra de supporter la pression du moule et finalement de l’adopter.
Symbole de l’élément mâle et de l’élément femelle. De la réunion de ces deux éléments naît la vie. La première forme de vie n’a-t-elle pas été une énergie formidable dont la puissance aurait créé le monde ?
Symbolique du tableau.
A la fois substance et nourriture.
Ni début, ni fin. Energie qui naît de l’opposition « harmonieuse » de deux formes. Sans elle, il y aurait un vainqueur et un vaincu.
Recommencement sans fin du travail créateur de la vie.
Energie libérée qui nourrit la vigueur du moule et de la silhouette.
Temps aboli. Sans début, ni fin, l’infini rejoint le point zéro de la création originelle.
Concevoir le point de départ de cette énergie. Concevoir sa fin.
Pas de réponse à cette double interrogation de l’homme sur son destin et sur le sens de sa vie. Désir effréné de savoir.
Quête qui nourrit l’oeuvre, lui confère une dimension spirituelle.
Sagesse de l’homme issue de l’accumulation d’épreuves, de doutes, de questions sans réponses. Plénitude d’une oeuvre d’Art qui provient de son côté impalpable, indéfinissable, qui accroche par des liens étranges et inconnus.
Silhouette. Tentative de s’infiltrer au maximum dans la moindre faille du moule de couleur. Effort qui l’incite à sortir du cadre du tableau. Elan qui la propulse, concentrée sur son point d’équilibre, hors des limites matérielles du cadre de bois.
Conquête aride dont on ne saurait mesurer l’ampleur. Possibilité de la borner, de la contenir, de poser une frontière à l’infini mais non de la comprendre, de la prendre pour soi, de l’enfermer en ce qui nous est propre et accessible.
Eclatement vers l’inconnu, comme dans la vie où l’impondérable domine.
Tentative vaine de cerner le mystère.
Coupure trop nette sur le bord du cadre, entre ce qui peut être perçu et ce qui le dépasse et nous dépasse en même temps.

Les silhouettes annoncaient déjà une nouvelle direction de recherche, une nouvelle approche de la peinture : dépasser le cadre, nier la contrainte des quatre baguettes de bois. La peinture, non plus conçue comme un assemblage de peinture sur une toile mais redéfinie, réadaptée.
Sortir du cadre comme un adolescent échappe au cadre familial pour reconnaître la vie et s’y réfugier.
Les silhouettes gardent leur support de toile mais le transgressent, en même temps, puisqu’elles ne respectent pas ses limites.
Silhouette, au début, vierge de toutes couleurs et même d’un simple enduit.
Choisir de saisir le contour d’une forme plutôt que sa présence matérielle.
Fixer la forme humaine. Sublimer la matière.
Détourner les objets de leur usage habituel, comme le sculpteur César et ses compressions.
Proposer le vide en place de ce qui devrait être comblé par la matière picturale.
Aller au-delà de la matière. La transcender.
Mais la matière, le moule coloré, réussit à englober en partie ce qui est absence de matière, à s’accorder avec son contraire. Alliance sacrée de la matière avec l’esprit, l’imprévu, la surprise.
Marquer la forme d’un creux.
Projeter certaines parties du corps hors du cadre.
Deviner plutôt que voir. Imaginer ce qui est suggéré.
Absence qui devient présence car elle est désirée.
Silhouette grandeur nature.
Silhouette. Primauté de l’homme, de sa toute puissance créatrice, combattant ce qui l’entoure et se nourrissant de lui, dans un élan vital vers le spirituel.

Mythe de la création figé. D’où le caractère primitif de cette représentation car il n’est nécessaire d’aucun détour pour rendre la valeur de ce mythe.

Soleil et empreinte

La première des applications du Sun Paint avait pour but d’investir un nouveau territoire : celui du Plein Soleil.

Tous les tableaux sont conçus pour être vus sous la lumière la plus naturelle possible. Mais de même que l’astre solaire n’accepte pas d’être regardé en face, les oeuvres ne supportent, généralement, pas une exposition prolongée au soleil car elles se dégraderaient très vite.

Existe donc un Lieu-Territoire inexploité, voire dangereux pour l’Art.
Idée d’investir ce territoire, de l’Emprunter avec des oeuvres qui, au contraire, auraient besoin, pour simplement vivre, du plein soleil et de ses variations, sans aucun risque de dégradation.
Le Sun paint permet l’occupation de cet espace.
Empreintes physiques, volontaires, et aujourd’hui disparues que seule la lumière du soleil peut, de nouveau, faire réapparaître, renaître au monde, surgissant vivantes derrière le vide apparent.
Empreintes translatives, prisonnières du soleil, prisonnières de l’ombre, condamnées à un Aller-Retour incessant entre la présence et l’absence, entre la vie et son contraire.
Exprimer l’absence qui construit la présence.
Traquer plastiquement, dans ce qui subsiste encore, ce qui n’est déjà plus.
Chaque tableau est une invitation au voyage dans l’univers inexploré de la mémoire invisible, où nichent, captives de l’ombre, toutes nos traces.
Empreintes particulières, universelles.
Fantômes perdus de toutes nos absences.
Empreintes situées au point zéro, entre les deux, qui vont, sans interruption, du visible à l’invisible et inversement.
Empreintes Translatives qui retiennent le temps pour mieux le maîtriser, le capturer.
Temps qui nous échappe sans cesse, emportant avec lui, sur les rives du souvenir, les miettes d’un présent toujours en fuite.

 

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