Entonnoirs

 

Depuis sa célèbre théorie érotique du clocher de Collioure, MA2F n’en finit plus d’explorer la dualité en toutes choses pour en débusquer les différents niveaux de lecture. La sexuation du monde, définie entre masculin et féminin, dépasse d’emblée ce socle pour interroger sa dimension culturelle à travers le corpus de règles implicites ou explicites dont sont porteuses les normes et les valeurs sociales.
Au-delà du sexe biologique, il s’agit donc d’interroger le sexe ressenti, c’est-à-dire le genre, posé comme catégorie fluctuante, basée sur l’éphémère et la claudication, flirtant volontiers avec l’intersexualité.
La dualité, posée comme l’essence même de l’être et du monde, donne lieu à des passages qui sont autant de transgenres répétés, inversés, opérés sur le fil ténu de l’identité. L’entonnoir érigé en grille de lecture du monde est à la fois hermaphrodite et androgyne en ce sens que sa sexuation passe par le regard (dedans/dehors), le positionnement (vers le haut, vers le bas) et l’utilisation (un passage, oui, mais pour quoi ?). Symboliquement porteur du concave et du convexe, du creux et de l’érigé, l’entonnoir est en effet un lieu de passage ensoi et en soi : instrument de torture, il peut noyer de l’intérieur; couvre-chef ridicule, il désigne communément la folie de vouloir renaître au monde par le haut, mais aussi la souffrance de l’expulsion ; utilisé en système dialectique (questionnaire), il force la conscience.
Forceps et utérus à la fois, il expulse et accueille mais ne garde jamais que l’empreinte du passage. En ce sens, il est à la fois l’être qui peuple le monde, dont seule la finitude constitue l’unité, la projection symbolique de la fêlure biologique, et la possibilité interne, mentale, imaginaire, de sa réparation.
Les entonnoirs de MA2F sont multiformes et polychromes : on les trouve peints, détourés, sculptés, construits de pierres sèches, porteurs du fini et des coulures, lisses ou granuleux, protagonistes invités aux séances de portraits, monumentaux. On devine en arrière-plan un petit garçon fasciné par les gestes immémoriaux du monde vigneron, le tourbillon d’une bouteille se vidant, le maelstrom inverse dans l’entonnoir ouvert sur le mystère du vin. A la lisière aussi, de la terre et de la mer. Un petit garçon habité par la nécessaire traversée des apparences auquel l’entonnoir offre aujourd’hui son miroir et son chemin.
MC