Trilogie érotique – De Matisse à Derain

 

De Matisse à Derain

Depuis Matisse et Derain

on croyait l’image de Collioure et de son clocher fixée à jamais dans notre imaginaire.

 

Cadre puceMARC-ANDRÉ 2 FIGUERES nous démontre de manière spectaculaire qu’on ne peut les réduire à une interprétation aussi forte soit-elle, que la réalité n’est jamais fixe, mais toujours libre selon chacun et au gré des circonstances.
Après sa théorie érotique du clocher de Collioure, qui a posé le concept d’érotisme et l’entonnoir, celui de l’hermaphrodisme, MA2F clôt sa trilogie en posant le Clocher comme élément unique de démonstration.
Elle se devait d’aboutir par l’investissement spatial du lieu même qui a inspiré la théorie : Collioure.
D’où l’idée d’organiser une installation in situ, qui propose une mise en scène du clocher de Collioure à travers 12 points 2 vue différents, englobant le village lui-même, l’ensemble constituant un tout indivisible.
 
L’installation investit l’espace au moyen de sculptures identiques qui ont la forme d’encadrements vides et pour fonction la mise en valeur du clocher, non pas représenté sous sa forme picturale mais dans sa réalité, laquelle dépend étroitement du point de vue de l’observateur.

Son esprit se découvre dès le titre où, comme dans le patronyme de l’artiste, le chiffre 2 remplace l’article “de”. Une fantaisie phonétique qui exprime à la fois la dualité, le double, l’hermaphrodisme et l’appartenance à un territoire déterminé.

Même si MA2F nous a habitués à poser un regard différent, original sur les êtres et les choses qui nous entourent et régissent notre quotidien, il est néanmoins permis de se demander, quel est l’intérêt de donner à voir, et douze fois de suite, ce qui est le plus immédiatement visible à Collioure, à savoir le Clocher.
Et qu’ajouter de plus à la théorie érotique du Clocher de Collioure ?

La réponse la plus simple est de constater que le but de l’artiste est d’aller au-delà des apparences pour appréhender la vérité intrinsèque des choses. L’art, prétend Cocteau, est un mensonge qui dit la vérité. Mais, généralement, l’artiste réalise une œuvre et, ensuite, selon sa nature, choisit un encadrement qui va la délimiter et focaliser le regard sur ce qu’elle désire mettre en évidence.

Or, ici, c’est le cadre qui détermine l’œuvre d’art. La démarche artistique devient le geste de placer à un endroit précis un cadre et de donner à voir à cet endroit-là une vision particulière d’une réalité à priori immédiatement appréciable mais tellement fondue dans un décor qu’elle en devient presque invisible.

Il s’agit, pour MA2F, d’inciter le promeneur qui n’est pas forcément spectateur à d’abord prendre conscience de la présence répétée d’une même sculpture-cadre, puis à s’interroger sur son utilité et ensuite à regarder au travers et tenter de comprendre à chaque fois le but recherché. Il devient ainsi peu à peu spectateur de plus en plus impliqué dans ce qu’il voit et à partir d’un paysage familier va engager une réflexion sur ce qui l’entoure.
N’est-ce pas le propre d’une œuvre d’art ?

Cette démarche est suggérée au niveau même de la sculpture-cadre, d’abord, par les trois marches qui partant du sol, de la matérialité, s’élèvent peu à peu vers une intellectualité. Tel l’érotisme, l’escalier permet l’accession progressive au sacré. Il est relié au cadre par une barre ondulée qui figure l’onde, la vibration, l’alchimie secrète qui vont transformer des sensations en mots et en pensées. Enfin, le cadre est recouvert de feuilles d’or pour symboliser l’ascension réalisée, effective, la connaissance acquise.

L’or, c’est la couleur de la lumière, le plus précieux de tous les métaux, le métal parfait. C’est l’enfant des désirs de la nature. C’est un attribut royal et divin qui accentue, encore, le caractère à la fois phallique et sacré du clocher.
Cadre puceNiché dans son cadre d’or, le clocher apparaît ainsi comme une image liturgique, une icône où l’érotisme devient le chemin qui mène à la spiritualité. La comparaison n’est pas fortuite.
L’icône, comme la sculpture-cadre de MA2F, ne relève pas de l’art du portrait. Elle est généralement reconnue comme n’étant pas créée de main d’homme mais par un miracle. La figuration est ici de nature idéale. Elle est représentation de la réalité transcendante et support de méditation.
Ainsi, la sculpture-cadre tend à fixer l’esprit sur le clocher qui lui-même le reporte et le concentre sur la théorie érotique qu’il incarne. Elle n’est jamais une fin en soi mais toujours un moyen. C’est une fenêtre ouverte entre la terre et le ciel, mais ouvrant dans les deux sens. Elle est à la limite du monde sensoriel et du monde spirituel : elle est le reflet du second dans le premier et le moyen d’accès du premier au second.
La multiplication des sculptures-cadres brise la valeur intemporelle de l’œuvre et la replonge dans une perception spatio-temporelle mobile et multilatérale. Elle joue sur les expressions multiples et variables à l’inverse du portrait qui condense la richesse d’un sujet dans l’inexpression. et l’invariabilité.

Les sculptures-cadres proposent des haltes, des stations qui offrent au spectateur le mouvement réconfortant de la mobilité des choses. Leur nombre, 12, définit l’univers dans sa complexité interne. C’est le signe d’un accomplissement, d’un cycle achevé.

Les sculptures-cadres ne sont pas implantées au hasard mais selon un tracé bien précis qui détermine un parcours, un chemin de l’érotisme. Un érotisme qui porte non seulement sur l’objet mais aussi sur la démarche. C’est bien sûr le clocher phallique qui a été à l’origine de la théorie mais l’objet ou le lieu peuvent être interchangeables ou transposables. C’est l’œil, le regard artistique, l’intervention de l’artiste qui vont induire la sensation érotique. Le regard pénètre le cadre et glisse vers le clocher. L’œil instruit le désir et nourrit l’envie. Il contient le monde grâce à sa perception intégrale et apparaît comme le symbole et l’instrument d’une révélation.

Le regard du créateur et le regard de la créature constituent l’enjeu même de la création. Ils s’appellent l’un l’autre et n’existent pour l’un et l’autre que par l’un et l’autre. Sans ces regards et sans le jeu érotique, la création perd toute sa raison d’être. Jouer de son regard, ce n’est pas jouer de ce monde des apparences, c’est le dévoiler pour y découvrir la vérité. C’est notre approche, notre vision qui selon le lieu où l’on se trouve nous donne à voir un aspect différent d’une même réalité.

Cette installation in-situ présente enfin un autre intérêt.
La figuration du clocher selon MA2F devient une hyper-figuration, image parfaite car elle est la réalité qui se prête à toutes les interprétations sans qu’aucune d’elles l’amoindrisse, ni la caricature en un seul point 2 vue. Cette réalité ne peut exister pleinement qu’au travers d’une installation in situ, que la prise même d’une photographie à l’intérieur du cadre réduit déjà.

A travers les 12 points 2 vue et les douze regards différents qu’ils supposent, MA2F opère, par le biais de l’érotisme, une métamorphose du clocher qui nous renvoie à nos propres métamorphoses, même si ce n’est pas le clocher qui change, seulement le regard que l’on porte sur le clocher…

Nicole Mari


 

Itinéraire érotique de MA2F

ou les douze points 2 vue autour du clocher de Collioure

C’est au hasard de flâneries dans la nature environnante que m’est apparue la réalité de l’image du clocher phallique, image fortement ancrée depuis toujours dans le patrimoine local et que l’imaginaire collectif a surnommé ainsi. Une impression qui m’a été suggérée, lors d’une observation d’en bas, c’est-à-dire de la plage, et qui s’est transformée dès que j’ai changé de lieu d’observation. Sur le haut d’une colline surplombant la mer, près du fort Saint-Elme, premier poste de garde construit par Vauban au XVIIème siècle, la vision se féminise et le port, auparavant socle du clocher phallique et emblème masculin, se métamorphose, associé à la crête rocheuse, en un réceptacle, une matrice, vision schématisée, coupe d’anatomie féminine.
Je propose un parcours qui suit la promenade naturelle le long de la côte de Collioure, cette même promenade, qui, il y a dix ans, m’a révélé l’hermaphrodisme du clocher et m’a ainsi permis de poser les bases de la Théorie Erotique. Partant du plus proche point d’observation, la plage Saint-Vincent, qui offre la vision la plus masculine, il amène, en 12 étapes, en 12 impressions différentes, à une vision plus féminisée qui culmine au fort Saint-Elme.

 

A propos du Clocher de Collioure

par Ma2F

Le clocher de l’Eglise de Collioure est le seul au monde à avoir les pieds dans l’eau mais il possède une particularité encore plus singulière puisqu’il est surnommé : le clocher phallique.

Le clocher dit « phallique » est le plus érotique des monuments. Il est hermaphrodite. Mi-homme, mi-femme, il contient l’Homme originel et l’érotisme par excellence, puisqu’il est doublement sexué, mais ce n’est qu’une question de points 2 vue !

C’est le symbole de la puissance génératrice, le principe actif qui induit le désir, le fondement même de l’érotisme. C’est sur lui que repose la vie. Il est centre et autour de lui se ramifient le port, le château royal, la promenade et l’église qui le sanctifient.Mitoyen de deux éléments naturels : l’eau et la terre, il est comme le sexe masculin, un tout extérieur et relié au corps, mais aussi comme le clocher féminin, à la frontière érotique où les douaniers du sensible autorisent la contrebande des plaisirs.
Il est attaché à son église et indissociable d’elle, comme dans l’imaginaire érotique. Peut-être en raison de leur antagonisme !

Le clocher était primitivement le phare, signe d’attraction des barques qui transportent les poissons.
Lieu de passage, le port a besoin de sa sentinelle qui, à la manière des sirènes appelent Ulysse dans son voyage, évoque quelque chose de fascinant auquel il est difficile de se soustraire, une sensation au delà de sa taille, variable selon le point 2 vue, et qui est de l’ordre du souvenir, du sens et du sentiment amoureux. Le clocher a donc pour fonction de signaler le port et d’autoriser la  » passe  » des bateaux.

Depuis sa construction vers le XIIème siècle, le clocher a connu, au fil du temps, un véritable développement érotique à l’instar d’un être humain. Cette évolution s’est manifestée à travers ses changements architecturaux. Au Xvème siècle, la partie médiane fut construite, au XVIIème, la partie supérieure et enfin au XIXème, la coupole rose et des cloches furent rajoutées. Les cloches transmettent le temps aux habitants et leurs vibrations disent l’heure des plaisirs. Le clocher est relié aux sacristies de l’église par un couloir voûté, et un escalier partant de la chapelle conduit aux étages jusqu’à la coupole.

Le clocher, mâle ou femelle, est le seul élément réellement commun aux deux sexes : il communique le même sentiment et c’est le point d’excitation où les deux individus vont se rencontrer. C’est le point zéro, le point empreinte, le vide-plein, le point érogène.